Quelques mois après le décès de Virgil Grissom, sa femme Betty, est invitée à la Maison-Blanche pour recevoir la « Distinguished Flying Cross » décernée à son mari à titre posthume.
Elle décline l’invitation : « Maintenant, les médailles ne signifient plus grand-chose pour moi. » dira-t-elle.
La DFC récompense « un acte héroïque ou une réalisation extraordinaire lors d’un vol aérien » (… heroism or extraordinary achievement while participating in an aerial flight).
Le 23 février 1945 le photographe américain Joseph John Rosenthal (9 octobre 1911 – 20 août 2006) prenait cette photo, pour laquelle il reçut le prix Pulitzer cette même année.
Cette photo immortalise des soldats américains (U.S. Marines) érigeant le drapeau américain sur le mont Suribachi, sur l’île d’Iwo Jima, lors de la guerre contre le Japon. « Raising the Flag on Iwo Jima »
24 ans plus tard le dessinateur Wayne Stayskal (11 décembre 1931 – 20 novembre 2018) s’inspire de cette photo pour rendre un vibrant hommage aux trois astronautes qui ont péri dans l’incendie de leur capsule, lors d’un test au sol, le 27 janvier 1967.
Le dessin, paru dans le journal « Chicago Today » le 21 juillet 1969, montre en effet les représentations fantomatiques des astronautes Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee aidant Neil Armstrong à hisser le drapeau américain sur la surface de la Lune, le 20 juillet 1969 (heure de Houston) lors de la mission Apollo 11.
A la suite de la tragédie d’Apollo 1, de nombreuses modifications furent apportées au vaisseau spatial, leur sacrifice ultime a sans conteste permis le succès du programme Apollo.
Un sublime dessin de Wayne Stayskal !
Anecdote dans l’anecdote : Le 23 février 1962, alors que le président Kennedy décore l’astronaute John Glenn de la NASA Distinguished Service Medal, trois jours après avoir effectué le premier vol orbital américain (Mission Mercury-Atlas 6 – Friendship 7), il fait remarquer que : « Ce même jour, il y a 17 ans, des Marines ont planté le drapeau américain sur le mont Suribachi à Iwo Jima. Dans un futur pas si éloigné, un Marine, un représentant de la Navy ou de l’Air Force, plantera un drapeau américain sur la Lune ».
C’est notamment la trop grande quantité de nylon présent dans la cabine d’Apollo 1, sous forme de Velcro, de filets installés sous les couchettes, pour récupérer les objets que les astronautes auraient pu faire tomber, et même dans les combinaisons spatiales, qui fut un facteur aggravant dans la propagation de l’incendie.
La capsule Apollo 1
Rappelons en guise de préambule, que « Velcro » est une marque déposée, qui vient de VELours et CROchets, et que ce ruban auto-agrippant, a été inventé par l’ingénieur suisse Georges de Mestral.
L’idée date de 1941 et le brevet initial de 1951. Le brevet est enregistré aux Etats-Unis en 1958.
En tout et pour tout, le Module de Commande de 6,17 m3 contenait plus de trente kilogrammes de matériaux inflammables. Outre le nylon, il y avait du plastique et même des métaux qui s’enflamment dans une atmosphère 100% oxygène.
Curieusement, la NASA et North American s’étaient contentés de tester l’inflammabilité de certains matériaux dont le Velcro, dans une atmosphère 100 % oxygène à la pression de 5 PSI, c’est-à-dire la pression à l’intérieur du vaisseau spatial dans l’espace, dans ces conditions une bande de velcro brûle à la vitesse d’un demi-centimètre par seconde.
S’ils avaient eu la présence d’esprit de réaliser les tests à une pression de 16 PSI (vaisseau spatial sur le pas de tir et pendant le décollage) ils auraient vus qu’alors, le velcro brûle 5 fois plus rapidement, il explose littéralement ! Et du Velcro, les astronautes en avaient mis partout dans la cabine !
Après le drame d’ Apollo 1, plus de 3 000 tests ont été réalisés sur plus de 500 matériaux différents, les tissus réalisés en nylon ont été remplacés par la fibre Beta, le téflon, le Nomex, la fibre de verre !
Le Velcro sera désormais fabriqué avec du Nomex, et la fibre Beta sera utilisée pour le tissage de l’enveloppe extérieure des combinaisons spatiales !
Les couchettes seront recouvertes d’un tissu ininflammable, l’Armalon ! Même les plans de vol et autres documents seront imprimés sur du papier ininflammable développé par la Scheufelen Papierfabrik GmbH dont le PDG était un ancien de Peenemünde, Klaus Scheufelen !
En attendant l’arrivée de ce papier, pour la première fois sur Apollo 13, sur lequel on pouvait imprimer directement, les documents papiers déjà imprimés étaient recouverts par laminage d’une substance ininflammable, composée de sulfate d’aluminium et d’ammonium.
A noter que lors de l’enquête sur l’accident, George Mueller l’administrateur adjoint du Bureau des vols habités de la NASA, affirmera devant la Commission d’enquête du Congrès qu’il y avait plus de Velcro dans Gemini VII (Frank Borman faisait partie de la commission d’enquête de la NASA) que dans Apollo 1 !